14 novembre 2013, Genève, Suisse - Les lauréats du Prix Nobel de la paix Martti Ahtisaari (Finlande, 2008) et José Ramos-Horta (Timor-Leste, 1996) ont partagé leurs recettes pour la paix, lors de la 8ème édition des Rendez-vous mondiaux de Genève organisée par l’ONUG et l’UNITAR hier. L’évènement a permis au public genevois de tirer profit des connaissances des deux invités, ces derniers partageant leurs expériences personnelles, diverses et complémentaires. Il a consisté en de courtes allocutions  données par les deux faiseurs de paix suivies d’un débat avec 600-700 participants issus des cercles diplomatiques, du monde académique, des ONGs et des organisations internationales.

Les discussions ont porté sur un certain nombre de thèmes communs, dont l’importance de la confiance et la nécessité de politiques inclusives pour construire des sociétés pacifiques, ainsi que la compassion et l’humilité en tant que grandes qualités du leadership. Les deux faiseurs de paix ont partagé leur expérience en prenant appui sur leurs modèles de référence respectifs: le modèle des pays nordiques dans le cas de M. Ahtisaari et l’expérience du Timor-Leste dans le cas de M. Ramos-Horta.

M. Ahtisaari, ancien Président de la Finlande, a insisté sur le rôle clé de la confiance dans les processus de rétablissement de la paix. Partisan du modèle nordique, il a souligné que les principes égalitaires et la redistribution des revenus permettent d’instaurer la confiance et d’éviter des tensions sociales. Le rapport préparé par le CMI, une ONG qu’il a fondée, et intitulé “Une recette pour améliorer la qualité de vie: L’expérience des Etats nordiques”  illustre cette affirmation à l’aide de nombreux exemples régionaux. 

   

L’indispensable mansuétude du vainqueur à l’égard de l’opposition a été l’un des thèmes  majeurs évoqués  par M. Ramos-Horta, Représentant spécial du secrétaire général pour la Guinée-Bissau et ancien Président du Timor-Leste. L’exercice exclusif du pouvoir par le vainqueur (winner takes all) présage de conflits futurs. En abordant la question liée aux droits politiques, civils et culturels, M. Ramos-Horta a noté que les politiques discriminatoires et d’exclusion ne fonctionneraient pas dans les sociétés pluriethniques et pluriconfessionnelles.

Selon M. Ramos-Horta, une approche pragmatique peut être nécessaire pour la réconciliation. Sur la justice transitionnelle, M. Ahtisaari a indiqué que « le vrai travail commence après qu’un accord de paix a été signé (…). La réconciliation prend toujours du temps ». Tous deux ont fait remarquer que le succès du rétablissement de la paix dépendait de la volonté des parties de négocier.

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Citations:

Martti Ahtisaari

Les conflits prennent racine dans la pauvreté, les sentiments d’insignifiance, et les injustices vécues.”

Si l’on réduit la résolution des conflits et la médiation à une redistribution des pouvoirs politiques et économiques – comme certains le considèrent à tort - nous n’y arriverons jamais. Tous les problèmes et toutes les politiques sectorielles que je viens d’énumérer (santé, éducation, capital culturel et social) doivent être pris en compte lors de la négociation et l’instauration de la paix. La paix durable ne se mesure pas seulement à l’absence de violence et de structures de violence, mais aussi aux opportunités et fonctions disponibles dans une société.»

Sans confiance, le rétablissement de la paix est impossible.

«Le vrai travail commence après qu’un accord de paix a été signé (…). La réconciliation prend toujours du temps (…). Pour aider la justice de transition, il faut essayer d’appuyer les processus de réconciliation au niveau national avec l’aide des acteurs de la société civile des zones concernées (…).  Quand un accord de paix est  signé, l’objectif est de créer le cadre d’un nouveau départ.»

 

José Ramos-Horta

Sois magnanime dans la victoire, ne cherche jamais à humilier l’adversaire ; s’il est à genoux, tiens ses mains et supplie-le de se lever, embrasse-le ; tends la main et rencontre les vaincus ; embrasse-les, invite-les à faire partie d’une nouvelle entreprise de paix, d’un nouvel avenir pour tous.»

«Personne n’aime être dans l’opposition. Grâce à  l’éducation et avec l’habitude et les années qui passent on apprend à être dans l’opposition.»

«Dans certains pays, le respect de la diversité culturelle est perçu comme contraire aux intérêts de l’Etat, alors que c’est une richesse».

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L'évènement a été organisé conjointement par l'Office des Nations Unies à Genève et l'UNITAR. Il a également bénéficié du soutien de plusiers partenaires dont la Ville de Genève, la République et canton de Genève, le Département fédéral des affaires étrangères suisse, la Fondation pour Genève, la Tribune de Genève et la Radio Télévision Suisse.