Novembre 2011, Brazzaville, République du Congo – La Table ronde, organisée à l’occasion de la 51ème session du Conseil d’administration de l’UNITAR et en collaboration étroite avec le Ministère de la Recherche scientifique congolais, s’est portée sur le thème de la coopération Sud-Sud et l’intégration régionale en Afrique. Elle a eu lieu le 22 novembre dernier, à Brazzaville, dans l’Auditorium spacieux du Ministère des Affaires Etrangères. Cette Table ronde est devenue un lieu de débats mobilisateurs, à «l’éclairage multidisciplinaire» qui a été promis, à juste titre, à près de 130 participants par S.E. M. Ossébi dans son discours de bienvenue.

L’une des démarches principales de ce débat consistait à examiner le caractère de la régénération que connaît actuellement la coopération Sud-Sud, y compris ses idées clés, ses forces motrices et ses objectifs, ainsi qu’à revisiter ses racines. M. Brahimi, ancien Conseiller spécial de l’ONU, a appelé «à faire revivre le volontarisme» qui caractérisait les premières années de la coopération Sud-Sud. Selon lui, c’est une opportunité pour l’Afrique et l’Asie de réveiller «cette approche un peu plus humaine» en remettant au premier plan «le sentiment de solidarité». En rebondissant sur cette idée, d'autres membres du Conseil ont réitéré ce besoin de mobilisation morale et la nécessité d'une vision claire des objectifs de cette coopération.

Au niveau des politiques actuelles, il a été noté par M. Boungou Bazika, chercheur et Directeur général du Centre d’études et de recherches sur les analyses et les politiques économiques congolais, que la différence entre la coopération Sud-Sud et celle avec des donateurs traditionnels se situait à trois niveaux : l’intérêt pour les secteurs délaissés (infrastructure), les coûts moins élevés d'exécution, et le type de financement. M. Carlos Lopes, Directeur général de l’UNITAR, a également souligné l’important changement des forces et le rôle décisif que les pays du Sud jouent, de plus en plus, dans les négociations internationales.

Les experts congolais ont constaté des résultats mitigés dans le domaine de l’intégration régionale et subrégionale, notamment, l’intégration physique insuffisante, voir inexistante, du continent, d’après M. Maganga Boumba, Ambassadeur itinérant et ancien Secrétaire général du Ministère des Affaires Etrangères. Pourtant, les chiffres officiels sur les échanges commerciaux, particulièrement bas en Afrique centrale (moins de 2 pourcent), mais également très modestes ailleurs, n’offre qu’une vision partielle de l’ampleur de la circulation des marchandises et services dans la région, avec un grand secteur informel, selon M. Carlos Lopes.

Quelques propositions concrètes ont été formulées par les participants sur la façon d'approfondir l’intégration régionale et de faire en sorte que la présence de nouveaux pays émergents sur le continent africain soit bénéfique au plus grand nombre des pays africains. Parmi les idées énoncées, notamment, par M. Boungou Bazika, figurent l’établissement d’un centre de recherche, d’un institut de transformation sur place des matières premières, ainsi que la négociation d’un fonds spécial pour financer des projets communs. M. Maganga Boumba, un autre expert congolais, estimait qu’il fallait surtout aller au-delà des discussions ayant lieu au sein de multiples organisations régionales, en mettant l’accent sur la mise en place de projets concrets, en consolidant le lien entre le monde ministériel et universitaire, et en incluant les programmes de formation dans les projets signés avec les pays émergents. Il a été admis par plusieurs participants que l’intégration, au stade actuel, passe plutôt par la force des agents économiques. Dans ce contexte, les experts congolais ont appelé à l’adoption d’une stratégie commune par les pays africains au niveau régional face à de nouveaux partenariats avec les pays du Sud.

D’autres propos spécifiques se sont portés sur l’importance de la création d’un cadre régulateur au niveau régional, dont notamment ceux de Mme Sydnes, ancienne Ministre de la Coopération au développement de la Norvège. Selon elle, l’approche régionale pourrait devenir un véritable bien public, dans les domaines de la responsabilité civile des entreprises, des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption, ainsi que ceux de la prévention et de la résolution des conflits par les Africains, de l’accès à l’énergie durable et de l’action liée au changement climatique. Plusieurs participants ont souligné le rôle décisif de la participation de la jeunesse à la construction de l’avenir du continent africain, à travers sa participation civile active, sa formation, une meilleure compréhension de sa part de l’impact de nouvelles technologies qu’elle maîtrise si bien, ainsi que des futurs modèles de gouvernance et de coopération.

La diversité des expériences des orateurs a constitué sans doute le point fort de ce débat, privilégiant l’ouverture d’esprit et à la hauteur de la complexité du sujet. Le débat, accueilli par S.E.M. Ossébi, Ministre de la Recherche scientifique, et modéré par S.E. M. Henri Lopes, Ambassadeur du Congo à Paris et Président du Conseil d’administration, homme politique et écrivain, a été co-présidé par la Coordonatrice résidente du Système des Nations Unies, p.i., et représentante de l’UNICEF au Congo Brazzaville, Mme Marianne Flach.